Éditorial

Qui court pour échapper à la pluie tombe dans le lac
proverbe burundais

 

         La dépossession a plusieurs visages.

         Le show-business de l’information en est un. Bien sûr, le moment de cette crise sanitaire était imprévisible. Cependant son apparition, elle, était au programme. Les scientifiques nous préviennent depuis des décennies[1]. Cette pandémie n’est pas sans lien avec nos manières de produire, de vivre; avec nos valeurs. Mais leur discours, comme tant d’autres discours sérieux, n’est pas repris par le grand spectacle auquel nos politiciens sont parfaitement intégrés. Il faudra donc demander des comptes, si jamais il y a un futur pour nous accueillir, à ceux qui gouvernent sans prévoyance, sans respect pour le bien commun, sans respect pour la vie. Mais il faudra aussi demander des comptes à ce qui restera de nous-mêmes au sortir de cette crise : à ce qui, en nous, sera encore capable d’en rendre…

 

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         Pour l’heure, ça y est.

         Le présent frénétique, dans lequel chacun était agité jusqu’à l’absurde, se fissure. Ce que, collectivement, on se préparait et qu’on refusait de regarder, entre à flots.

         Les pouvoirs colmatent. Ils déploient tous leurs efforts pour que ces fissures se referment au plus vite et que nous retournions, qui que l’on soit, où que l’on soit, à l’étouffoir.

         Pourtant, hier encore, celles et ceux qui avaient un emploi se sentaient pris dans une impasse. Un sentiment de dépossession les habitait. L’impression de faire, au propre comme au figuré, de la course sur place pour parvenir à demeurer où? Dans la vie vide. À quoi servait leur travail? À accéder au crédit et à rembourser leurs dettes. Leur existence? Elle s’était réfugiée dans le classique soupir de soulagement : enfin vendredi.

         Les seules actions qui avaient encore de la valeur, et qui faisaient le sens de toute cette agitation, étaient celles qui se vendent et s’achètent. Comme une autre forme de GES, ces milliers de milliards s’échappaient dans l’air, nous enveloppaient, nous étouffaient.

         Qui aimait encore ce monde?

         Ce non-sens, cet écœurement vont-ils disparaître, par décret des autorités, à l’annonce de la reprise? 

 

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         Nous, on est des locataires de logements sociaux. Nos actions, vous vous en doutez déjà, ne sont pas cotées en bourse. On fait du bénévolat. On travaille à retisser des rapports sociaux qui ne sont pas soumis à la loi du profit. Jusqu’à la fermeture de nos salles communautaires, on organisait des activités d’entraide pour les membres de nos associations. Ce sont des gens qui viennent de partout. Certains arrivent, complètement démunis, du bout du monde. D’autres sont d’ici mais ne sont plus tout à fait là : ils parlent tout seuls ou à personne; ils ne courent plus derrière leurs dettes, ils courent après leurs têtes. D’autres ont pour seule compagnie leur chaise roulante.

         C’est un univers étrange que le nôtre. Qui le connaît vraiment? Puisque les écrans le cachent et que les différents services de communication se chargent de le masquer, on s’est dit, tiens, faisons-le apparaître par nous-mêmes. Faisons un blogue. Montrons ce que produit une société qui n’en est plus une. Montrons l’autre face d’une dépossession qui est en fait devenue générale.

 

Le comité de quartier de la Petite-Bourgogne

 

 

[1]     Voir, entres autres, le travail de Robert Wallace. Un bon résumé ici. On trouve aussi en ligne une entrevue qu’il accorde autour de son livre Big Farms make Big Flu.

 

Traduction

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Image du bandeau

Le bandeau de notre blogue est le détail d’une oeuvre réalisée par une petite fille de trois ans.