On a commenté, dans un texte précédent (Sur la sécurité, 3 septembre), une enquête statistique sur les interventions policières dans la Petite-Bourgogne – enquête rendue possible, soit dit en passant, grâce à la participation du PDQ15 au projet de soutien communautaire en cours dans notre quartier. Deux faits saillants en ressortaient : la police intervenait à répétition et sans succès pour les mêmes problèmes aux mêmes adresses; le sentiment d’insécurité n’était plus causé par ce qui se passe dans la rue ou les lieux publics mais dans les habitations. De ces données surgissait un ensemble de questions et de remarques sur lesquelles on aimerait faire retour au travers d’un exemple précis.

En 2018, les intervenants du PARI ont réalisé qu’ils avaient tendance à s’éparpiller. Ça leur permettait d’être présents dans plusieurs immeubles, de dénouer bien des conflits ou de venir en aide, ici et là, à pas mal de locataires; par contre, ça les empêchait d’agir sur les éléments de contexte qui minent les habitations et nourrissent les crises. C’est ainsi qu’un jour, ils se sont dits : faisons un test. On va jouer un peu moins aux pompiers et se concentrer sur un seul milieu. On va essayer de le comprendre, de le connaître, puis on va l’aider à se mettre en mouvement; au lieu de le laisser dépendre d’interventions ponctuelles, utiles mais pas très structurantes, on va le soutenir dans ses propres efforts de transformation. Leur choix s’est arrêté sur un immeuble où il y avait de très gros problèmes : insalubrité, infestation de punaises, fort sentiment d’insécurité, chicanes permanentes – et parfois violentes – entre voisins. L’atmosphère de cette habitation était lourde, maussade; les locataires rasaient les murs. La salle communautaire était toujours vide.

Les intervenants ont d’abord pris soin d’identifier les vrais besoins du milieu. Pour ce faire, ils ont donné la parole à tout le monde, à tous les résidents et à tous les employés. Chacun a pu donner son point de vue sur ce qui se passait dans l’immeuble, sur les problèmes qu’on y vivait et sur la façon de s’y prendre pour les résoudre. Ils ont ensuite mis sur pied, avec le comité de locataires en place, un service d’accueil pour les nouveaux venus. Le comité et les intervenants ont pris le temps de se présenter à eux, de leur parler de la vie quotidienne dans l’habitation et de leur faire connaître les ressources du quartier. En parallèle, les personnes qui vivaient ou causaient des problèmes chroniques ont été rencontrées une à une. On les a écoutées, on a discuté avec elles pour leur offrir l’accompagnement et le soutien disponibles qui s’harmonisaient au mieux avec leur condition. Enfin, les intervenants ont soutenu le comité, ils l’ont aidé à renforcer la vie associative. Plusieurs activités de partage, d’échanges et d’entraide ont été proposées aux locataires. La salle communautaire s’est animée.

Au bout d’un an, intervenants comme résidents ont constaté que la vie dans cette habitation avait profondément changé. L’atmosphère n’était plus la même. Les gens étaient plus heureux, se parlaient plus. Le nombre d’interventions policières avait baissé. Le locateur, quant à lui, notait une diminution des problèmes de salubrité et de voisinage. Les nouveaux locataires, au lieu de s’enfermer dans leur appartement, s’intégraient à la vie de l’immeuble. La salle communautaire autrefois déserte était devenue un lieu de rencontre.

Cette expérience valait la peine d’être résumée ici parce qu’elle nous rappelle que les bonnes pratiques reposent en somme sur une seule idée forte. Vous pouvez retourner notre exemple en tous sens, l’examiner sous toutes ses facettes, vous verrez qu’à la fin les actions posées dans le cadre de cette intervention convergeaient vers un seul objectif : la réparation du lien social. Quelle était la place de la question sécuritaire dans cet exercice? Ni plus ni moins centrale que celle de l’isolement social, de la maladie sous toutes ses formes ou de la salubrité. Dans un tel cadre, tout le monde, sans distinction, prend part à l’intervention: la police devient un partenaire parmi les autres et le recours à la répression, un moyen parmi d’autres, utilisé de manière stratégique (et le moins souvent possible), pour épauler un processus collectif. Mais ce qu’on vient d’affirmer là, est-ce que ça ne vaut pas aussi pour un quartier, une ville?

La police a pour mandat d’assurer le maintien de l’ordre public. Quand celui-ci se délite, il est pour le moins inquiétant, en tout cas en régime démocratique, que l’on se tourne vers elle pour traiter (excusez : gérer) les effets destructeurs de l’accroissement des inégalités et du remplacement des solidarités réelles par des guignolées.

Quel degré d’impuissance avons-nous atteint pour réfléchir ainsi?

 

Le comité de quartier de la Petite-Bourgogne

 

 

 

 

 

 

 

 

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