Ce texte est la transcription d’un témoignage recueilli avant le confinement

 

Avec le petit revenu que j’avais, je pouvais pas me trouver un logement. Je restais chez ma fille. J’ai réussi à avoir un logement social après dix ans à attendre. J’étais contente de mon logement, mais je trouvais le temps long. J’étais toute seule. Je commençais à déprimer et je me disais qu’il y avait d’autres gens comme moi.

J’avais vu qu’il y avait une salle communautaire, mais elle était tout le temps fermée. Je posais des questions aux autres. Je me demandais pourquoi il se passait rien. Quelqu’un m’a dit : «Si t’es pas contente, rentre dans le comité. » C’est ça que j’ai fait !

J’ai convaincu des gens d’embarquer avec moi. On est devenu une belle équipe et on a une bonne entente entre nous. On est rendu comme une famille pour les personnes qui viennent dans la salle. On fait des déjeuners, des soupes, des repas. On a fait de la peinture, du mandala, du bingo et plein d’autres activités.

On a trouvé de l’argent et on a acheté des ordinateurs. On a appris l’ordinateur à du monde. Ils utilisent Internet. Ils chattent avec d’autres ou avec leur famille.

Depuis qu’on a monté notre équipe, les gens du building sont moins isolés.

Avec les repas qu’on fait (les trois quarts sont gratuits),  les locataires sont plus en santé. Ils mangent mieux qu’avant. Ils mangent moins de chips, de gâteaux et boivent moins de liqueur.

Les gens se parlent plus qu’avant. On a du fun, on rit, on est devenu une grande famille. Les gens sont contents. Il y en a qui nous remercient.

Je pense qu’on a changé la vie d’au moins quarante personnes!

Il y a toutes sortes de personnes qui vivent ici : des familles, des enfants, des personnes âgées. Il y a des gens avec toutes sortes de problèmes : physiques ou mentales. Il y a des gens qui ont des problèmes de boisson, de médicament ou de drogue.

On aide tout le monde, à tous les jours. Une chance qu’on est là.

Juste cette année, on a sauvé trois personnes. Elles seraient mortes dans leur logement si on n’avait pas été là. On s’inquiétait pour elles. On voyait qu’elles n’allaient pas bien, qu’elles avaient de la misère à respirer, qu’elles mangeaient plus rien, qu’elles agissaient drôle. On a appelé les ambulances. Ils sont venus et ils les ont aidées.

Il y en a deux qui nous ont dit : « Merci ! Vous nous avez sauvé la vie ! »

On voit le monde à tous les jours. Même s’ils ne rentrent pas dans la salle, on leur dit : « Bonjour ! ». Juste ça c’est bon et ça fait du bien. On voit s’ils sont en santé, s’il y a quelque chose qui ne marche pas. On voit si ça va bien ou pas, s’ils sont corrects. Quand ils ne vont pas bien, on vérifie qu’ils ont quelqu’un pour les aider, des amis ou de la famille. Des fois, on va même cogner à leur porte pour être sûr que tout va bien. On trouve tout le temps une solution pour aider le monde.

À Noël, on a organisé une super fête. Il y avait un grand buffet, de la musique et des jeux. Les gens étaient super contents et super heureux. C’était très beau à voir. Tout le monde s’amusait, même les nouveaux. Ils s’intégraient avec les autres et ils se faisaient de nouvelles amitiés. Pour beaucoup de gens, c’était leur seul party de Noël. Ça leur a permis de sortir de leur logement, de pas être tout seul et de pas brailler.

On a pris tous les tips qu’on nous a donnés cette année pour acheter trois beaux et gros paniers de Noël. Les gens qui ont gagné ont braillé parce qu’ils n’avaient plus rien à manger chez eux. Des fois, ces affaires-là, on les voit pas…

Tout ce qu’on fait, ça me rend heureuse. Voir les sourires aux lèvres, c’est ma paye. Ça me procure du bonheur et de la joie. Ça me rend très fière de voir tout le bien qu’on apporte.

En plus, j’ai changé. J’ai pris confiance en moi. J’ai acquis plein de compétences et j’apprends encore ! C’est pas parce qu’on a atteint plus que cinquante ans qu’on n’est plus bon à rien ! Dans mon cas, c’est tout le contraire.

Je suis quelqu’un de gêné, de très gêné, mais je me dégêne !

J’ai commencé à m’impliquer dans mon quartier et ailleurs. J’ai aidé d’autres comités comme le nôtre, pour leur montrer ce qu’ils pouvaient faire.

Je suis embarquée sur le conseil d’administration d’un organisme qui défend les locataires des habitations à loyer modique à travers la province. On se bat pour que les gens, mêmes les pauvres, aient le droit d’avoir un logement décent. On fait ça pour qu’il n’y ait plus personne dans la rue.

Je pensais jamais que j’aurais été capable d’aller aussi loin, que j’étais assez intelligente pour faire tout ça, que j’étais assez courageuse pour faire bouger les affaires.

Je savais pas que j’avais tout ce bagage-là en dedans de moi.

Je sais que les gens ont des préjugés sur les personnes qui habitent dans les logements à loyer modique. Ça me fâche. Ils pensent qu’on est des bons à rien et des profiteurs. J’aimerais leur dire qu’ils ne connaissent rien. Nous, on sait qu’il y a plusieurs perles rares parmi nous. Il y a de belles personnes qui font plein de bien autour d’elles. Il faut juste les motiver pour les faire sortir de leur coquille au lieu de les écraser comme vous le faites !

Je veux aussi vous dire que même si j’ai pas beaucoup d’argent, même si vous me regardez de haut, moi je suis heureuse. J’aime ce que je fais, ma vie a un sens, je me réalise et je deviens une meilleure personne à chaque jour. Mes voisins sont ma deuxième famille. On se chicane des fois, mais on oublie vite. On est là les uns pour les autres.

On s’aime, on rit, on s’entraide et on travaille ensemble pour pouvoir se bâtir une vie meilleure.

Pouvez-vous en dire autant ?

Vous avez peut-être plein d’argent, mais moi, j’ai plein d’amour. Et ça, vous pourrez jamais vous l’acheter….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

________________________

Vous avez envie de réagir? Écrivez-nous ou laissez un commentaire ci-dessous.

 

Vous avez aimé? Cliquez ici pour vous abonner et recevoir un courriel lorsque nous publierons de nouveaux textes.

 

Abonnez-vous à notre page Facebook par ici : https://www.facebook.com/lecomiteduquartier/

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>